Fraude sociale record, fichiers bancaires renforcés, France Travail bientôt autorisé à exploiter vos relevés téléphoniques et données de connexion. Jusqu’où ira cette tolérance zéro pour les chômeurs et allocataires ?
Fraude sociale, virements détournés, comptes bancaires bidons : l’arsenal anti-triche change d’échelle. La fraude aux moyens de paiement scripturaux a atteint 1,195 milliard d’euros en 2023 selon la Banque de France, tandis que la fraude sociale tourne autour de 14 milliards par an. Le gouvernement répond par une stratégie de tolérance zéro qui repose de plus en plus sur le croisement de données sensibles, à commencer par vos relevés téléphoniques. Au cœur de ce dispositif, le nouvel opérateur public de l’emploi, France Travail, va obtenir des pouvoirs inédits.
Le projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, examiné au Parlement, autorise France Travail à demander aux opérateurs de téléphonie les données de connexion de certains allocataires. Il ne s’agit pas de lire les SMS ou d’écouter les appels, mais de connaître les pays de connexion, les horaires ou l’adresse IP pour vérifier la condition de résidence en France. En cas d’indices jugés sérieux de manœuvre frauduleuse, une suspension conservatoire des allocations pourra intervenir, le temps de vérifier la situation.
France Travail, relevés téléphoniques et contrôles de résidence
Dans ce schéma, un allocataire qui déclare vivre en France mais dont le téléphone se connecte plusieurs semaines d’affilée depuis l’étranger pourra être ciblé. Le rapport du Sénat prévoit un droit de communication spécifique auprès des opérateurs de téléphonie, couplé à l’accès au fichier des compagnies aériennes pour repérer de longs séjours hors du territoire. Les contrôles seront ensuite affinés par les conseillers, avec demandes de justificatifs de domicile ou d’explications sur la situation familiale et professionnelle.
Les services de l’Etat mettent en avant un encadrement juridique strict : finalité limitée au contrôle de la résidence, respect du RGPD, avis de la CNIL. Des sites de fact-checking rappellent que France Travail n’aura pas accès au contenu des communications, seulement aux métadonnées. Reste que pour beaucoup de demandeurs d’emploi, l’idée que l’assurance chômage regarde les traces numériques de leurs déplacements marque un net changement d’ambiance.