Quel est le pouvoir des maires en matière de santé ?
Légalement, les prérogatives des municipalités sont limitées en matière de santé*. “Le domaine relève du ministère, qui délègue son pouvoir aux Agences régionales de santé (ARS)”, rappelle ainsi Emmanuelle Faure. Les statistiques que nous avons utilisées s’en ressentent : elles sont disponibles à l’échelle de la région ou du département, plus rarement de la ville. “En revanche, l’engagement politique est un critère pertinent, parce que, malgré tout, au niveau des mairies, la volonté compte”, poursuit Emmanuelle Faure. D’autant que, depuis longtemps, les municipalités outrepassent leurs prérogatives. “Cet engagement local dans la santé remonte au XIXe, précise la chercheuse. Aujourd’hui, il y a des enjeux liés aux administrés et un vrai souci de la santé des habitants et habitantes”. Les leviers existent : de la mise à disposition de cabinets médicaux à l’exonération partielle de la taxe professionnelle, en passant par l’aide à l’installation des professionnels de santé. Sans oublier des dispositifs plus vastes, comme les Ateliers santé ville, concentrés dans les quartiers défavorisés, ou les contrats locaux de santé, signés entre une collectivité et son ARS.
* Excepté sur les nuisibles et le logement insalubre, deux prérogatives municipales.
Entre la ville et l’hôpital, un dialogue possible
C’est l’un des grands enjeux des municipalités : faire le lien entre l’hôpital et leur politique de santé publique. “Globalement, on n’y arrive pas trop”, analyse Emmanuelle Faure. Pourquoi, selon elle ? “La gestion centralisée, héritée de l’organisation des CHU. Résultat : il y a peu de dialogue. Le lien ville-hôpital tient à des micros-initiatives qui, souvent, dépendent d’une personnalité”. Ou deux. Ainsi, à Bayonne, Sylvie Durutty, première adjointe à la mairie de Bayonne, est aussi présidente du Conseil de surveillance du Centre hospitalier de la Côte basque (CHCB), qui, sous l’égide d’un autre fort caractère, la Dr Leila Lazaro, s’est doté de services spécialisés dans la ménopause et l’endométriose.
Autres symboles d’ouverture, les Maisons des femmes, comme il en apparaît partout en France, sont une manière d’ouvrir l’hôpital sur la ville. Notre palmarès montre comment, sous leur impulsion, les lignes bougent, à Bordeaux, Toulouse, Rennes ou Poitiers, entre autres. Est-ce un signe qu’il existe un intérêt des municipalités sur le sujet de la santé des femmes ? “Oui, cette appétence existe, mais en pointillé, répond la géographe. Souvent, la prise de conscience s’inscrit à l’échelle locale sur le long terme : les municipalités qui s’engagent sur la question de la santé des femmes s’investissent depuis longtemps sur les questions d’égalité et de discrimination dans d’autres aspects de leur politique”.
Santé des femmes : une question de moyens humains
Dès lors, comment bien mesurer l’action publique des villes en matière de santé des femmes ? Premier indice : en jetant un œil sur les ressources humaines qu’elles y consacrent. “Si une personne passe du temps sur la question de la santé des femmes, cela légitime la thématique”, précise Emmanuelle Faure. Seonc indice : la place dans la hiérarchie municipale de cet élu et de celui qui est en charge de l’égalité femmes-hommes… quand le poste existe. Ils peuvent faire pencher la balance. Des travaux universitaires montrent que pour la bonne santé des individus, le soin est important, certes, mais qu’il y participe à hauteur de 20, voire 10 % seulement. Autrement dit, pour un maire, améliorer la santé globale de ses administrés, et de ses administrées, c’est avant tout s’occuper de leurs conditions de vie, du logement, de l’urbanisme, des espaces verts, des transports… Autant de domaines dont, pour des raisons évidentes, nous n’avons pas tenu compte pour établir notre classement. Mais sur lesquels les municipalités ont beaucoup de pouvoir.